2021 : nouvelle année, ou nouvelle ère pour l’entreprise et les RH ?

Par Jean-Marie Mozziconacci - 7 janvier 2021

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Après l’année que nous venons de connaître, peut-on se contenter, en formant nos vœux de Nouvel An, de souhaiter que la page Covid-19 soit rapidement tournée et que la vie reprenne « comme avant » ? Cela me paraît impossible, car il y a bien un avant et un après-Covid. La pandémie a changé l’entreprise, son mode de fonctionnement, les interactions humaines. Le monde du travail n’est plus vraiment le même, et il va falloir en tenir compte.

2021 : nouvelle année, ou nouvelle ère pour l’entreprise et les RH ?

Activité partielle, inactivité, télétravail : un regard différent sur le travail

La pandémie de Covid-19 a créé une scission entre les organisations ne pouvant poursuivre leur activité en télétravail et celle qui, au contraire, y ont eu largement recours.

Les salariés placés en activité partielle, voire totalement inactifs durant une longue période, ont été doublement impactés : en raison de la baisse de revenus qu’ils ont dû subir, mais aussi de l’isolement qui a affecté certains d’entre eux psychologiquement. Ils se sont rendu compte, comme jamais, du rôle social majeur de leur travail dans leur vie.

De leur côté, les dirigeants ayant pu instaurer le télétravail pour tout ou partie de leurs salariés ont été nombreux à affirmer que leur organisation fonctionnait tout aussi efficacement, et même parfois mieux, qu’en présentiel.

Le son de cloche n’est pas différent chez leurs collaborateurs. Ainsi que l’ont montré plusieurs études réalisées à différentes étapes de la pandémie, une minorité des salariés placés en télétravail a pu se sentir isolée ou mise en difficulté par certaines contingences privées, comme s’occuper d’enfants dès la sortie de l’école. Mais les dernières tendances fournies par Malakoff Humanis sont éloquentes ; 73 % des salariés interrogés après le confinement expriment leur souhait de poursuivre leur activité en télétravail. 

L’élimination de la perte de temps dans les transports et le gain d’autonomie sont immédiatement cités parmi les éléments ayant changé le travail durant cette période inédite.

D’autres facteurs ont également fait évoluer le visage des relations professionnelles, comme l’attention accordée à la tenue vestimentaire. Le remplacement du rendez-vous présentiel par la visioconférence s’est accompagné de celui du costume cravate ou du tailleur par le polo, voire le sweat-shirt. Ce fait n’est pas aussi anecdotique qu’il en a l’air : adieu les apparences et le superflu, seul compte le travail lui-même. L’idée peut séduire a priori, mais posons-nous la question : une entreprise n’est-elle faite que de tâches à accomplir ?

Préserver la culture de l’entreprise, un enjeu majeur

Que l’entreprise se concentre sur le travail que doit fournir chaque collaborateur est bien compréhensible, surtout pour maintenir l’activité en temps de crise. Mais attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Une entreprise représente un ensemble de choses informelles et de ressentis qui ne peuvent exister qu’en partageant, au moins une partie de son temps, les mêmes locaux, les mêmes moments, le même café issu de la même cafetière. Le quotidien y est fait d’échanges impromptus, de traits d’humour qui peuvent être dits s’ils s’accompagnent d’un sourire ou d’un clin d’œil, mais pas écrits par email ou par tchat. Ce sont des attentions, des regards, des conversations à l’improviste. Cette spontanéité n’a pas droit de cité dans un planning d’échanges à distance.

Une entreprise, ce sont aussi et surtout des valeurs. Créativité, goût du partage, sens de l’écoute, esprit de challenge, solidarité, chacune a les siennes.

Ces petits riens et de ces grandes valeurs forment, en se mixant, une pâte, un « jus » qui n’est rien d’autre que la culture de l’entreprise. Celle-ci peut se refléter dans la qualité des services ou produits offerts au client, mais n’a de réalité pour les collaborateurs que si elle s’incarne de façon tangible dans leur quotidien et leur expérience RH.

Une somme de travailleurs free-lance, assis chez eux derrière un écran, n’a jamais formé une entreprise ; une somme de salariés travaillant dans les mêmes conditions ne le peut davantage.

L’un des grands enjeux pour les DRH, en 2021, est ainsi de prendre en compte les nouvelles aspirations des collaborateurs, dont le télétravail fait partie : mais il est aussi de trouver le bon équilibre en le mettant en œuvre pour qu’il ne devienne pas un facteur discriminant, un privilège réservé à certains et pas à d’autres. De trouver la bonne mesure pour que perdurent la cohésion d’équipe, la spontanéité des échanges, tout ce qui forme la culture d’entreprise. Sans elle, il n’est pas de marque employeur performante, ni d’attachement du salarié à son entreprise. Sans elle, la motivation et l’engagement ne reposeraient plus que sur les rémunérations.

Se préparer à l’inconnu plutôt que chercher à le prévoir

La crise de Covid-19 nous a aussi confirmé ce que nous savons tous, mais refusons souvent d’admettre : il est impossible de prédire ce qui va se produire.

La gestion du risque est un métier qui permet de prévoir ce qui est… prévisible. Doté d’un bon SIRH et des bons indicateurs, un DRH est par exemple en mesure de prévoir assez exactement, en croisant ses informations avec celles des autorités scientifiques, ce que sera le taux d’absentéisme lié à la grippe saisonnière. Mais rien n’a jamais permis de prédire l’explosion de l’usine AZF de Toulouse, le Brexit ou la pandémie de Covid-19, ni ne le permettra jamais.

Un second enjeu fort émerge ainsi pour l’entreprise : plutôt que s’acharner à prévoir ce qui va se produire, se tenir prêt à faire face à l’inconnu. Apprendre à remettre en cause régulièrement ses certitudes est la première étape pour relever ce défi. La seconde est de s'outiller pour être agile. Le digital apporte des solutions dans de nombreux domaines, que ce soit pour absorber facilement en paie des mesures exceptionnelles, pour redéployer ses salariés sur d’autres sites ou pour se conformer au plus vite à une directive européenne inattendue.

Être en mesure de maintenir et développer l’activité dans un contexte où tout ce qui est considéré comme acquis n’aurait plus court, tel est peut-être le plus grand challenge de l’entreprise dans l’ère post-Covid qui va s’ouvrir. Pour le reste, aux DRH de cultiver le H de leur fonction : l’humain reste le facteur clé pour disposer d’équipes engagées, solidaires et fidèles dans des temps de plus en plus incertains. En un mot, votre meilleur atout pour une année 2021 que SD WORX vous souhaite, avec ou sans masque, belle et fructueuse !

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