Avec le coronavirus, près de cinq employés français sur dix font du télétravail pour la première fois

25 mai 2020

Paris, le 25 mai 2020 – Près de six Français sur dix (59 %) actifs pendant le confinement ont télétravaillé. Plus de quatre employés français sur dix (45 %) n’avaient jamais expérimenté ce mode de travail avant la crise du COVID-19. C’est ce qui ressort des premiers résultats d’une enquête menée par la CASS Business School de Londres, l’IESE Business School de Barcelone et le prestataire de services RH SD Worx. En ce qui concerne la proportion de travailleurs à domicile, la France obtient un score supérieur à la moyenne, qui est de 57 % pour les six pays européens où l’enquête a été menée : l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni.

Avec 59 % de la population active en télétravail, la France, à l’instar du Royaume-Uni (65 %), de l’Espagne (60 %) et de la Belgique (62 %), se situe au-dessus de la moyenne de 57 %. Les Pays-Bas (55 %) et surtout l’Allemagne (40 %) comptent moins de télétravailleurs. Ces différences s’expliquent en partie par des cultures de travail distinctes, la répartition sectorielle du travail (par exemple, plus ou moins d’emplois dans le secteur industriel ou des services), l’impact de la crise d’un pays à l’autre et bien entendu, les mesures de précaution diverses prises par les gouvernements locaux. 

Le confinement pousse les entreprises à passer au télétravail

Le coronavirus et le confinement ont modifié les conditions de travail et de nombreuses entreprises ont été contraintes de s’adapter rapidement à ces changements. Pour près de cinq employés français actifs sur dix, le télétravail était totalement nouveau. 11 % employés encore actifs travaillaient occasionnellement de chez eux avant la crise et le font maintenant à temps plein. Pour 3 % d’entre eux, le travail à domicile faisait déjà partie de leur quotidien avant le confinement. Une situation qui a donc poussé de nombreuses entreprises et leurs employés à passer au télétravail. 

« La crise du COVID-19 a entraîné une révolution sur le plan du télétravail et dans de nombreuses entreprises, cette transition s’est déroulée plus facilement que prévu.», commente Annelore Huyghe, professeur à la CASS Business School. « Il est donc probable que le télétravail devienne plus courant et que la flexibilité et la virtualisation accrues deviennent la norme. Nous verrons non seulement davantage de personnes travailler de chez elles, mais nous verrons peut-être aussi la disparition de certains bureaux, une augmentation de la fréquence des réunions en ligne et sans doute aussi une diminution de la fréquence des voyages d’affaires. » 

Un peu plus de la moitié des employés français travaillent autant à domicile qu’au bureau

Si nous examinons de plus près l’impact du télétravail sur le temps de travail, il semble que pour une petite majorité, rien n’a changé. 56 % des employés français consacrent autant de temps à leur travail qu’auparavant. Près de 14 % indiquent même travailler plus que d’habitude, avec une augmentation moyenne de près de deux heures (1 heure et 48 minutes) par jour. Trois personnes interrogées sur dix (30 %) travaillent moins qu’avant le confinement, ce qui représente en moyenne deux heures et trois quarts (2 heures et 42 minutes) en moins par jour. Les extrêmes se retrouvent aux Pays-Bas, où un quart (24 %) des employés travailleraient en moyenne trois heures et dix-huit minutes en moins par jour, et en Espagne, où 14 % des employés indiquent travailler près de deux heures (1 heure et 54 minutes) en plus par jour. Le fait d’avoir des enfants est un facteur de réduction du temps consacré au travail : la différence peut s’élever à 54 minutes par jour.

Il n’y a pas d’explication univoque à ces fluctuations. Le fait qu’il y ait actuellement moins de travail peut jouer un rôle : même les personnes qui travaillent encore dans leur entreprise ou au bureau consacrent en moyenne 18 minutes en moins par jour au travail. La familiarisation avec les nouvelles circonstances liées au télétravail peut aussi être un facteur d’influence. De fait, les employés qui n’avaient jamais travaillé à distance auparavant consacrent jusqu’à 42 minutes par jour en moins au travail. Pour ceux qui l’avaient déjà expérimenté de temps en temps, cette réduction s’élève à 30 minutes par jour. « Il est important de garder à l’esprit que même les situations de télétravail les plus répandues auparavant sont devenues “différentes” », observe le professeur Jeroen Neckebrouck de l’IESE Business School. « Il ne s’agit pas d’un choix volontaire de travailler à domicile un ou plusieurs jours par semaine, mais d’une situation subitement imposée et prolongée. »

Jean-Marie Mozziconacci, directeur général de SD Worx France : « Le coronavirus a contraint les entreprises à réagir rapidement et le travail à domicile constitue une excellente alternative. Espérons que cela devienne de plus en plus la norme. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que le travail à domicile régulier implique un certain nombre de règles. D’une part sur le plan juridique : faut-il établir des accords de télétravail ? Les collaborateurs peuvent-ils choisir eux-mêmes leurs horaires ? Une indemnité doit-elle être versée ? D’autre part, il faut aussi veiller à la santé mentale des travailleurs : en tant qu’employeur, donnez des conseils aux dirigeants, surveillez l’engagement… Avec des accords clairs et une bonne communication, le télétravail peut se dérouler sans problème et dans un climat de confiance mutuelle. » 

À propos de l’enquête

SD Worx, la CASS Business School de Londres et l’IESE Business School de Barcelone ont mené une enquête en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni portant sur le télétravail et l’emploi du temps dans ce cadre. Un nombre représentatif pour les marchés de l’emploi locaux de 3 384 travailleurs au total ont complété une enquête en ligne. Les résultats discutés dans ce communiqué de presse portent sur les 2 595 travailleurs qui étaient encore actifs pendant la première semaine de mai 2020 et qui ne sont donc pas au chômage temporaire.