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Atelier collaboratif autour d'un mur de post-it pour structurer un plan d'action en entreprise.

Transparence salariale : les 5 chantiers à lancer maintenant (sans attendre la loi)

La loi française n'est pas encore votée, et sa transposition est désormais attendue autour de fin 2027. La tentation est grande d'attendre. Ce serait une erreur. Selon une étude du cabinet Robert Walters (mars 2025), seulement 40 % des entreprises se disent prêtes à appliquer la directive. Celles qui anticipent disposent donc d'un avantage concurrentiel réel, sur la conformité comme sur l'attractivité des talents. Lors du webinar SD Worx, Emmanuel Rétif (DRH de transition) a détaillé cinq chantiers directement actionnables, à lire non pas comme une check-list de conformité, mais comme le travail préparatoire d'une négociation.

Pourquoi ne pas attendre la loi ?

Deux raisons. D'abord, une partie du dispositif s'appuie sur des principes déjà en vigueur en droit français (égalité de traitement, « à travail égal, salaire égal ») : certains juges pourraient en faire une application anticipée par « interprétation conforme » au droit de l'Union. Ensuite, et surtout, ces chantiers sont longs : consolider des données, peser des emplois, analyser des écarts, négocier un accord. Ce que vous ne traitez pas en amont sera très difficile à corriger après.

    Emmanuel Rétif webinar transparence salariale
    Vous construisez l'accord de demain avec le travail d'aujourd'hui
    Emmanuel Rétif webinar transparence salariale
    Emmanuel Rétif, DRH de transition (Ex-DRH Capgemini, SFR) et fondateur, ManuRHeva Conseils

    Chantier 1 : maîtriser la data, consolider toutes les composantes de rémunération

    C'est le socle, et la vraie question de départ : avez-vous une vision complète et consolidée de ce que vous payez réellement ? Le fixe se pilote généralement bien ; le variable, les primes exceptionnelles, les avantages en nature, l'intéressement et la participation sont souvent dispersés entre plusieurs systèmes, fichiers et équipes.

    Or la directive retient une définition large de la rémunération : tout doit entrer dans le périmètre, y compris heures supplémentaires, primes d'astreinte et de nuit. L'objectif est de pouvoir répondre à une question simple : « Suis-je capable d'expliquer tout écart à un salarié, à un élu du CSE et à l'administration ? » Si la réponse est non, le chantier data démarre maintenant.

      Chantier 2 : catégoriser les emplois, la notion de « travail de valeur égale »

      C'est le chantier le plus stratégique, et le plus piégeux. Beaucoup d'entreprises comparent des intitulés de poste (deux « chargés de mission RH » au même coefficient) alors que l'un encadre une équipe et pas l'autre, ou que l'un a dix ans d'expérience et l'autre deux. À l'inverse, deux intitulés différents peuvent recouvrir des emplois de valeur très proche. La valeur ne se lit pas sur l'organigramme : elle se construit avec une méthode de pesée objectivée et documentée (compétences, efforts, responsabilités, conditions de travail, et désormais soft skills).

      Point crucial, souligné lors du webinar : le projet de loi prévoit que cette catégorisation soit fixée en priorité par accord d'entreprise, à défaut par accord de branche, et seulement en dernier recours par décision unilatérale (après consultation du CSE, pour une durée limitée). Le législateur a voulu une négociation, pas une décision RH imposée. C'est aussi ce travail qui rend possible le fameux 7ᵉ indicateur : sans catégories fiables, aucun indicateur ne fonctionne.

        Chantier 3 : lire les écarts sans se tromper

        Ne regardez jamais l'écart global seul. Un écart de 8 % sur une catégorie peut vous faire paniquer, ou vous rassurer à tort, tant que vous ne l'avez pas décomposé. La méthode tient en trois temps :

        • séparer les composantes : salaire de base, variable, ancienneté (les primes de nuit ou d'astreinte s'analysent à part, voir ci-dessous) ;
        • distinguer les familles de métiers : les logiques de variable d'une fonction commerciale et d'une fonction support ne sont pas comparables ; les mélanger fausse le diagnostic ;
        • tester les explications : ancienneté, expérience antérieure, règles d'éligibilité au variable, tensions de marché, mais aussi interruptions de carrière et parentalité, qui pèsent souvent lourd sur les trajectoires.

        Attention au piège des primes de nuit ou d'astreinte : si ce ne sont pas toujours les mêmes qui les perçoivent, ce n'est pas un marqueur d'inégalité mais d'organisation du travail. Ce n'est pas la prime qu'il faut justifier, mais l'accès au poste qui y donne droit. Rappel essentiel : la directive ne demande pas zéro écart, elle demande des écarts justifiables. Un écart documenté est conforme ; un écart non documenté est un risque juridique.

          Chantier 4 : nommer la doctrine, passer des pratiques aux bandes salariales

          Beaucoup d'entreprises ont des pratiques de rémunération mais pas de doctrine : elles savent comment elles ont fait, pas toujours pourquoi. La transparence va rendre ce flou visible dès la première question d'un salarié, et c'est déjà le cas au titre du droit actuel à l'égalité de rémunération. La vraie question : que rémunérez-vous réellement ? La performance, l'ancienneté, le niveau de compétence, la position marché ?

          L'outil structurant, ce sont les bandes salariales : des fourchettes par niveau et par famille de métier qui rendent les anomalies visibles, guident les décisions des managers et assurent la cohérence des augmentations d'une équipe à l'autre. Culturellement, cela change tout : le manager ne reçoit plus une enveloppe « débrouille-toi », il travaille dans un cadre clair où chaque exception doit être expliquée et tracée. Concrètement, cela suppose de sortir d'Excel pour des outils qui gardent la mémoire des décisions.

            Chantier 5 : qui fait quoi, préparer les trois moments de vérité

            C'est la question qu'on se pose en dernier, et qui fait souvent échouer les quatre autres. La transparence devient concrète à trois moments précis dans la vie de l'entreprise, et chacun mobilise un acteur clé.

            • Le premier, c'est l'entretien annuel. Le manager y joue un rôle central : il doit être formé, outillé et travailler dans un cadre clair, où chaque exception salariale est tracée et justifiée.
            • Le deuxième, c'est le recrutement. Le recruteur devra afficher des fourchettes de rémunération crédibles (« la fourchette ne doit pas devenir une fourche »), abandonner toute question sur l'historique salarial du candidat, et recentrer la discussion sur la valeur marché et la cohérence interne.
            • Le troisième, c'est le CSE. La direction et les élus devront publier les indicateurs, justifier les écarts, et au-delà de 5 % non justifiés, engager l'évaluation conjointe prévue par la directive.

            Construire le dialogue social avant l'obligation de négocier, c'est prendre une longueur d'avance plutôt que de la subir : un moment de confiance à installer avec les IRP avant d'ouvrir la négociation sur les catégories d'emplois.

              Ce qu'il faut retenir

              Ne lisez pas ces cinq chantiers comme une liste de cases à cocher, mais comme le travail préparatoire d'une négociation que vous mènerez en position de force. Le DRH qui arrive avec une base consolidée, une cartographie des emplois documentée, une analyse qualifiée des écarts, des bandes salariales et des managers alignés ne subit pas la négociation : il la construit et en choisit le tempo. Anticiper, c'est convertir une contrainte réglementaire en avantage compétitif, et en attractivité, sur un marché du recrutement tendu.

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