Sauriez-vous démontrer, dossier à l'appui, le respect de vos obligations de transparence ?
Un avocat spécialiste Droit du travail, 1 DRH, et nos experts juridiques et RH décryptent la directive de la transparence salariale dans notre webinar dédié.

Quand on parle des sanctions de la directive sur la transparence salariale, beaucoup de dirigeants pensent d'abord « amende ». C'est une erreur de cadrage. L'amende administrative est la partie la plus prévisible du dispositif, et donc, paradoxalement, la moins redoutable. Le vrai bouleversement se joue ailleurs : dans la manière dont les litiges salariaux vont se gagner ou se perdre.
La directive exige des sanctions « effectives, proportionnées et dissuasives ». Le projet de loi français prévoit notamment une amende administrative pouvant atteindre 1 % de la masse salariale. À cela s'ajoutent plusieurs leviers :
Une amende reste une somme d'argent : elle se chiffre, se provisionne, s'anticipe. Le risque judiciaire, lui, est d'une tout autre nature.
C'est l'évolution la plus structurante pour le contentieux, et de loin. Jusqu'ici, c'était au salarié de présenter des éléments laissant présumer une discrimination. Demain, lorsque l'employeur n'aura pas respecté ses obligations de transparence, le raisonnement s'inverse : ce sera à l'employeur de prouver l'absence de discrimination.
Concrètement, la défense de l'employeur s'articulera en deux temps :
Autrement dit, le premier exercice dans un contentieux prud'homal ne portera plus sur le fond de l'écart, mais sur votre capacité à démontrer que vous avez fait votre travail de transparence en amont. Un dossier non préparé est un dossier déjà fragilisé.
Autre point sensible : dans ce cadre, les juges pourront ordonner la production de toute preuve pertinente, y compris des informations confidentielles. Et lorsqu'aucune personne réelle ne peut servir de point de comparaison, il deviendra possible de recourir à une « personne de référence hypothétique » : on apprécie alors comment un salarié serait traité dans une situation comparable. Cela élargit considérablement le terrain du contentieux, individuel comme collectif.
À l'échelle de trois ou quatre salariés, corriger un écart est gérable. À l'échelle de plusieurs centaines, voire milliers de salariés, un même argument juridique peut déclencher un contentieux de masse. C'est cette mécanique de réplication qui transforme une anomalie isolée en risque systémique pour les entreprises de taille importante. La discrimination intersectionnelle (cumul du sexe avec l'origine, l'âge, le handicap…) constituera par ailleurs une circonstance aggravante dans le calcul des sanctions.
Le reporting public ne vise que les entreprises au-delà de certains seuils. Mais le renversement de la charge de la preuve et le principe d'égalité de rémunération, eux, ne connaissent pas de seuil. Une PME peut donc parfaitement se retrouver en contentieux prud'homal avec la charge de la preuve inversée. Pour les experts-comptables qui accompagnent ces structures, c'est un sujet de conseil à part entière : aider leurs clients à documenter leur politique salariale avant qu'un litige ne survienne.
Le régime de sanctions est dissuasif moins par son montant que par sa logique : il déplace la charge de la preuve vers l'employeur et industrialise le contentieux. La meilleure protection n'est pas budgétaire, elle est documentaire. Comme le résume l'esprit du webinar : ce n'est pas le jour où le dossier arrive sur votre bureau qu'il faut commencer à chercher pourquoi il est arrivé.
Un avocat spécialiste Droit du travail, 1 DRH, et nos experts juridiques et RH décryptent la directive de la transparence salariale dans notre webinar dédié.